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BRUCE de Peter Ames Carlin aux éditions Sonatine

 
BRUCE  de Peter Ames Carlin aux éditions Sonatine.
Préface Antoine de Caunes.
 
Chers fans de Bruce Springsteen et chers internautes du brucespringsteensite.com
 
Ce n’est pas mon habitude de faire de la pub pour des bouquins sur Bruce quand je ne connais pas personnellement l’auteur comme cela avait été le cas pour Marc Dufaud avec son incroyable Bruce Springsteen ; une vie américaine aux éditions Camion Blanc et Olivier Demoulin avec son roman Sur la route avec Springsteen aux éditions Grrrart.
 
Je n’ai jamais chroniqué les biographies de Dave Marsh, ni celles de Hugues Barrière. Mais là, je m’y colle car le Bruce de Peter Ames Carlin nous offre d’autres facettes non seulement sur la vie de Bruce Springsteen, sur son travail, mais aussi sur des faces cachées de sa personnalité.
 
Bizarrement, ce livre fait écho au documentaire récent Springsteen and I qui laisse le champ libre à des fans et admirateurs qui  disent combien Springsteen est essentiel dans leur vie, combien il l’a souvent transformée. Ce docu montre un Springsteen presque prêcheur, sauveur d’âme et d’une générosité incroyable, ce que l’on savait déjà. Le livre de Peter Ames souligne cet aspect, mais le renforce en insistant sur le fait que Springsteen est dans une sorte de quête d’absolu qui le soignerait, le guérirait lui-même. C’est une sorte de quête de salut personnel, comme un rachat vis à vis de son enfance, de ses conflits avec son père, de ses démons intérieurs et paradoxalement une quête pour être comme le commun des mortels  et mieux vivre en empathie la souffrance et l’injustice des êtres qu’ils croisent. Une large place est faite aux raisins de la colère de John Steinbeck ( le livre et le film de John Ford aussi)  et à son personnage Tom Joad qui est présenté comme l’exact double de Bruce.
 
On y apprend que Bruce a suivi une longue analyse psychanalytique (il n’est pas précisé s’il l’a suit encore …) Un travail sur lui- même a été salutaire pour qu’il avance, qu’il crée et qu’il vive enfin presque normalement sans se faire bouffer par la gloire et le star système. Cet aspect avait évoqué dans le livre de Marc Duffaud déjà…
 
On y lit entre les lignes que parfois au fils des années, tout n’a pas été rose entre certains membres du E street Band et lui. Certains conflits latents ont quelquefois éclaté à la grande tristesse de Bruce qui sentait le nécessaire besoin de vivre ses/ces conflits pour que sa musique et son travail avance. Ce qui est frappant c’est de lire que tous les membres du E street band , des originels comme Vini Lopez ou David Sancious  aux actuels Nils Lofrgren et les autres… ne lui ont jamais tenu rigueur de ces conflits, même quand pour des raisons de créations il les a un jour ou l’autre écarté. Rappelons nous, toute la période sans le E street Band qui va de Tunnel of Love à Greatest Hits sans le E street Band. Tous ont répondu présents dès qu’il s’est agi de repartir avec lui.
 
On y découvre un Springsteen acharné, un monstre de travail avide de perfectionnisme et qui en souffre souvent. Combien de versions enregistrées, jetées et récupérées d’un titre pour enfin le voir définitivement mis en boite. L’histoire du coffret Tracks en est le parfait exemple. Bruce n’est jamais satisfait.
 
On y lit un Springsteen capable de colères mais aussi d’un amour quasi christique pour ses prochains.
 
On y approche un Bruce cinéphile, érudit sur tout ce qui a fait la musique en Amérique.
 
Au début du livre, on côtoie un Springsteen quasi SDF, un errant un sorte de grunge qui ne pense, ne vit, ne respire que par ses textes et sa, musique. Revoyons les premières photos de ce jeune hirsute, débraillé, caché derrière sa longue tignasse pas coiffée et sa barbe sauvage.
 
On y approche un Bruce ambivalent entre le désir d’être le plus grand, le meilleur pour être aux côtés d’ELVIS et le désir d’être un anonyme ordinaire qui peut faire ses courses seul au supermarché sans être assailli par des hordes de fans. Mais le plus étrange, c’est qu’il y parvient à faire ses courses. Croiser Springsteen au supermarché quand on vit du côté d’Asbury Park, lui dire simplement : «  Hi… How are you ? » c’est possible !
 
Sans voyeurisme, les amours de Bruce sont évoquées de ses premiers flirt à Freehold à Patti en passant par Julianne Philips et à chaque fois on y rencontre un Bruce certes amoureux, certes passionné mais coincé entre le désir d’une vie normale et son irréfrénable passion pour sa musique, ses textes, ses concerts, ses tournées. Et  si souvent les histoires d’A finissent mal en général, avec Bruce, elles gardent une coloration romantique, amicale et nostalgique.
 
En fait, tout est contraste chez Springsteen, si on veut tirer une synthèse rapide au ras des pâquerettes de ce livre passionnant.
 
Mais la grande force du livre c’est qu’il vous invite insidieusement à réécouter des chansons que vous aviez quasiment oubliées ou dont vous étiez passé à côté.
Après chaque chapitre, je réécoutais l’album dont il était question. J’ai ainsi, pu m’apercevoir moi qui croyais connaître mon Bruce sur le bout des Vinyles, Cd et autres bootlegs que je ne connaissais pas des chansons comme None but the brave, held up without a gun ou des tas d’autres sur Human Touch, ou sur le nécessaire coffret Tracks, Tom Joad, et même sur Magic.
 
En tant qu’admirateur lambda, je rêve d’un concert où il interprêterait toutes ces chansons coincées dans les sillons des vinyles entre Born to Run, Born in  the usa, Thunder Road, The River et tous les tubes qui ont fait et qui font sa légende.
 
Mais avec Bruce tout est possible.
 
Copyright Albert Labbouz aout 2013 pour désespoir production.